A perte de vue

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Au large le vide

Briser le silence
Entre le vague et l’amer
Parcourir les ciels
Des terres de lumière

Immensité des possibles
Sentir l’envers

Au soir de l’être
Féconder l’existence
D’une voile immense
Au coin des pôles

Entre les rives
L’écho des vies, cadence absolue.

MioModus. (Le cahier gris)

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L’aile facile

Il a les ailes libres
des bateaux dans les mains
Et les yeux pleins de givre
du vent jusqu’au matin

En regardant la vague
du temps le plus amer
sur le chemin que drague
la houle de la mer

Et sur la frange d’or
des rêves mal rompus
Dans l’esprit qui s’endort
la mort ne veille plus

Mort mords les moulures du remords
les pavages dans la glace
l’image bleue qui s’efface
le visage blanc sans yeux

Le front pâle sans cheveux
la lune rebelle
Et sous l’arc du ciel pluvieux
L’agonie des étincelles

Pierre Reverdy.

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Une voix

I

Tout cela, mon ami,
Vivre, qui noue
Hier, notre illusion,
A demain, nos ombres.

Tout cela, et qui fut
Si nôtre, mais
N’est que ce creux des mains
Où eau ne reste.

Tout cela ? Et le plus
Notre bonheur :
L’envol lourd de la huppe
Au creux des pierres.

II

Et puisse être le ciel
Notre façon d’être,
Avec ombre et couleurs
Qui se déchirent

Mais dans la hâte même
De la nuée
Ont visage d’enfant
Qui vient de naître,

Foudre qui dort encore,
Les traits en paix,
Souriante comme avant
Qu’il y ait langage.

Yves Bonnefoy. (Les planches courbes)

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Une nuit sur le fleuve Jiande

La barque ralentit sa course
et puis s’arrête
dans la brume légère
de la rive.
Quand le soleil tombe
derrière l’horizon,
la nostalgie étreint
à nouveau le cœur.
La plaine désolée,
le ciel sans limites,
juste une rangée
d’arbres nus…
Dans la rivière limpide,
la lune s’approche
tout près de l’homme.

Meng Haoran.

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Vers des temps plus frais

Son alcôve couleur de jade
aux rideaux de soie,
son paravent rouge
brodé de pivoines,
sa grande natte de roseaux rares
et sa courtepointe de brocart
sont maintenant prêts
pour affronter le temps des nuits
ni froides ni ardentes.

Han Wo.

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Je vais au cinéma

Je vais au cinéma
Je vais voir n’importe quoi
Je m’en fous pourvu
Qu’ça ne me parle pas de toi et moi
Et là je suis bien tombé
Je suis bien tombé tu vois

C’est l’histoire d’un type
Qui meurt pour ses enfants
Enfin je crois
J’ai pas suivi vraiment
Y avait cette fille au premier rang
Une fille toute seule
Qui me fait de l’oeil en sortant
C’était pas innocent
Non pas innocent

Le thème du générique
Place Clichy sous la pluie
Un lent travelling jusqu’au Quick
Et cette fille qui me suit
La fille du premier rang
Je suis bien tombé vraiment

Mais je sais pas ce qui m’a pris
J’ai marché
J’ai pris la rue des Dames
J’ai pris la rue des Batignolles
Puis le boulevard des Batignolles
J’ai marché
J’ai pris la rue de Turin
La rue de Berne
La rue de Berlin
La rue de Moscou
J’ai pris la rue de Moscou
Puis je suis revenu
Rue de Rome
Rue de Florence
Puis rue d’Amsterdam
Enfin j’ai marché
J’étais rue de Douai
J’ai pris la rue de Douai
J’étais presque Place Clichy
Et là

Monsieur monsieur
Monsieur monsieur monsieur
Elle a commencé tout bas
Tout bas
C’est que, c’est que
C’est que, c’est que, c’est que
Tu avais fait tomber ça

Ah ben merci
Il est cassé ?
Non, si, il est cassé
Pas grave
Merci Mademoiselle
Ouais, bonne Soirée.

Arnaud Fleurent-Didier. (La reproduction)

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