Chauffage central

Une petite lumière
Tu vois une petite lumière descendre sur ton ventrenu_38
pour t’éclairer
– Une femme s’étire comme une fusée –
Au coin là-bas une ombre lit
Ses pieds libres sont trop jolis

Court-circuit au coeur
Une panne au moteur
Quel aimant me soutient
Mes yeux et mon amour se trompent de chemin

Un rien
Un feu que l’on rallume et qui s’éteint
J’ai assez du vent
J’ai assez du ciel
Au fond tout ce qu’on voit est artificiel
Même ta bouche
Pourtant j’ai chaud là où ta main me touche
La porte est ouverte et je n’entre pas
Je vois ton visage et je n’y crois pas
Tu es pâle
Un soir qu’on était triste on a pleuré sur une malle
Là-bas des hommes riaient
Des enfants presque nus par fois se promenaient
L’eau était claire
Un fil de cuivre rouge y conduit la lumière
Le soleil et ton coeur sont de même matière

Pierre Reverdy.

Publicités
Publié dans Poésie, Poésie érotique | Laisser un commentaire

Sensations automnales – la maison abandonnée

Yamina-fenetre-acc

Image | Publié le par | 2 commentaires

Désir

Elle est lasse, après tant d’épuisantes luxures.chez-elles_100
Le parfum émané de ses membres meurtris
Est plein de souvenirs des lentes meurtrissures
La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.

Et la fièvre des nuits avidement rêvées
Rend plus pâles encor ses pâles cheveux blonds.
Ses attitudes ont des langueurs énervées.
Mais voici que l’amante aux cruels ongles longs

Soudain la ressaisit, et l’étreint, et l’embrasse
D’une ardeur si sauvage et si douce à la fois,
Que le beau corps brisé s’offre en demandant grâce,
Dans un râle d’amour, de désirs et d’effrois.

Et le sanglot qui monte avec monotonie,
S’exaspérant enfin de tant de volupté,
Hurle comme on hurle aux moments d’agonie,
Sans espoir d’attendrir l’immense surdité.

Puis, l’atroce silence, et l’horreur qu’il apporte,
Le brusque étouffement de la plaintive voix,
Et sur le cou, pareil à quelque tige morte,
Blêmit la marque verte et sinistre des doigts.

Renée Vivien.

Publié dans Poésie, Poésie érotique | 1 commentaire

Sensations automnales – l’autostoppeuse

autostoppeuse

Image | Publié le par | 3 commentaires

Ode à une femme aimée

L’homme fortuné qu’enivre ta présencephoca_thumb_l_103
Me semble l’égal des Dieux, car il entend
Ruisseler ton rire et rêver ton silence,
Et moi, sanglotant,

Je frissonne toute, et ma langue est brisée :
Subtile, une flamme a traversé ma chair,
Et ma sueur coule ainsi que la rosée
Apre de la mer ;

Un bourdonnement remplit de bruits d’orage
Mes oreilles, car je sombre sous l’effort,
Plus pâle que l’herbe, et je vois ton visage
A travers la mort…

Sappho. (traduit et corrigé par Renée Vivien)

Publié dans Poésie | 4 commentaires

Sensations automnales

lunedestemps

Image | Publié le par | 5 commentaires

Face B

Et puis soudainement tout perd de son attraitFace B
Le monde est toujours là, rempli d’objets variables
D’un intérêt moyen, fugitifs et instables,
Une lumière terne descend du ciel abstrait.

C’est la face B de l’existence,
Sans plaisir et sans vraie souffrance
Autre que celles dues à l’usure,
Toute vie est une sépulture

Tout futur est nécrologique
Il n’y a que le passé qui blesse,
Le temps du rêve et de l’ivresse,
La vie n’a rien d’énigmatique.

Michel Houellebecq. (Configuration du dernier rivage)

Après une longue absence, je vous offre ce petit cadeau en plus… Haddon.

Publié dans Chanson, Poésie, Texte | 4 commentaires